Le mensuel économique de février 2026

Publié le 18 févr. 2026
Actualités économiques

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Abolition du PEQ : assurer une transition sans fragiliser l’économie

Le débat entourant l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) intervient à un moment charnière pour l’économie du Québec. Après plusieurs trimestres de fortes pressions, l’inflation poursuit sa décélération, offrant un certain répit aux ménages et aux entreprises. Cette normalisation demeure toutefois sensible à l’évolution du marché du travail.

Dans ce contexte, la cohérence des politiques publiques prend une importance accrue. Le Québec fait face à un vieillissement démographique marqué et à des pénuries persistantes de main-d’œuvre. La prévisibilité des règles d’immigration économique constitue donc un levier stratégique pour maintenir la stabilité et soutenir la croissance. Les sondages indiquent qu’une forte majorité de Québécois estiment que les immigrants déjà établis et en emploi devraient pouvoir demeurer au Québec. Au-delà du débat politique, l’enjeu est économique : fragiliser la rétention de travailleurs intégrés risque d’accentuer les contraintes d’offre au moment même où la désinflation dépend d’un meilleur équilibre entre l’offre et la demande, notamment sur le marché du travail.

- Miguel Ouellette, directeur principal et économiste chez Mallette

Actualité économique

Révisions de l’immigration et enjeux de main-d’œuvre : assurer une transition sans fragiliser l’économie

Abolition du PEQ et immigration : revue des perspectives démographiques

Le 19 novembre 2025, le gouvernement du Québec a aboli le PEQ, destiné à offrir une voie accélérée permettant aux diplômés d’établissements québécois ainsi qu’aux travailleurs étrangers temporaires, déjà intégrés au Québec, d’obtenir plus rapidement le Certificat de sélection du Québec, préalable essentiel au dépôt d’une demande de résidence permanente.

Conjointement à cette décision, la révision à la baisse des cibles d’immigration permanente, qui seront réduites de 60 000 à 45 000 admissions annuelles d’ici 2029, ainsi que le resserrement des conditions d’admission de l’immigration temporaire soulèvent des questionnements quant aux perspectives démographiques du Québec.

Selon les plus récentes projections, cette diminution des seuils entraînerait un ralentissement marqué de la croissance démographique du Québec d’ici 2051, passant de 8,9 % avant la révision à 0,9 % après cette dernière.

Ce nouveau scénario de projections révèle des dynamiques régionales contrastées :

  • À l’exception du Nord-du-Québec, l’ensemble des régions éloignées afficherait des reculs significatifs, la Côte‑Nord demeurant la plus touchée.

  • Montréal figurerait également parmi les territoires susceptibles de connaître un recul démographique notable.

  • Bien que certaines régions pourraient encore enregistrer une croissance positive, celle‑ci resterait limitée à l’échelle de l’horizon projeté.

De plus, 12 des 17 régions du Québec, ayant un accroissement naturel de la population sous la barre des zéros, dépendent désormais davantage des flux migratoires pour soutenir leur croissance démographique et leur vitalité économique.

Considérer une clause de droits acquis pour offrir une phase de transition

Dans un contexte où l’immigration joue un rôle central dans l’activité économique et dans les perspectives démographiques du Québec, et alors que plusieurs régions font toujours face à un marché du travail en pénurie de main-d’œuvre en affichant un taux de chômage sous les 5 %, la mise en place de mesures transitoires, par exemple une clause de droits acquis, apparaît pertinente et nécessaire.

En effet, l’ajout d’une clause de droits acquis permettrait aux personnes déjà établies au Québec de poursuivre leurs démarches d’immigration selon les règles en vigueur au moment où elles les ont entamées. Cette dernière offrirait ainsi une période de transition ordonnée pour les personnes déjà établies et intégrées, une option d’ailleurs réclamée par les acteurs économiques. Elle contribuerait aussi à stabiliser les démarches d’immigration déjà entamées, à éviter des départs non souhaités et à préserver un capital humain déjà productif, en plus de soutenir les entreprises afin de préserver leur expertise interne, assurer la continuité de leurs opérations et limiter leurs coûts liés au remplacement de travailleurs.

Alors que les décisions récentes en matière d’immigration créent des incertitudes démographiques, elles entraînent aussi des effets économiques immédiats pour les personnes touchées et les entreprises. En ce sens, une clause de droits acquis offrirait une transition essentielle : protéger le capital humain déjà enraciné, sécuriser les milieux de travail, et donner au gouvernement le temps d’ajuster progressivement les seuils aux besoins économiques et aux capacités d’accueil régionales.