Une entreprise peut avoir le droit de collecter des données sans que tous les usages possibles de ces données soient souhaitables. Peut-elle utiliser les achats de ses clients pour déduire des informations sensibles? Confier des dossiers internes à un outil d’intelligence artificielle? Prendre une décision d’embauche à partir d’un modèle dont personne ne comprend les critères?
L’éthique des données aide à répondre à ces questions. Elle consiste à examiner les conséquences de la collecte, de l’utilisation, du partage et de la conservation des données sur les personnes concernées. Elle complète les obligations légales en posant une question pratique : cet usage est-il justifié, transparent et équitable?
Les données permettent de mieux comprendre les besoins des clients, d’améliorer les services et de prendre des décisions plus éclairées. Leur utilisation peut toutefois créer des risques : atteinte à la vie privée, accès non autorisé, conclusions erronées ou décisions défavorables à certains groupes.
Une démarche éthique aide l’entreprise à reconnaître ces risques avant de lancer un projet. Elle favorise aussi la confiance : les clients et les employés comprennent mieux quelles données sont utilisées, dans quel but et avec quelles protections.
Cette réflexion devient particulièrement utile lorsqu’une organisation souhaite intégrer l’intelligence artificielle à ses activités, puisque les résultats d’un outil dépendent notamment des données qui l’alimentent et des décisions prises à partir de ses réponses.
Avant de demander un renseignement, déterminez à quoi il servira. Une donnée disponible n’est pas forcément une donnée utile ou appropriée à recueillir.
Par exemple, une entreprise qui veut envoyer une facture a besoin des coordonnées nécessaires à cette fin. Elle devrait pouvoir expliquer pourquoi elle demanderait aussi des informations sans lien apparent avec la transaction. Au Québec, la nécessité de la collecte est également un principe important de la protection des renseignements personnels.
Les personnes concernées devraient comprendre quelles données sont recueillies, pourquoi elles le sont et avec qui elles pourraient être partagées. Une explication claire permet de faire des choix éclairés et réduit l’écart entre les attentes des personnes et les pratiques réelles de l’entreprise.
Le consentement n’est toutefois pas la seule question à examiner. Selon la situation et le cadre légal applicable, il faut aussi vérifier la nécessité de la collecte, les fins annoncées et les conditions d’utilisation ou de communication des renseignements.
La sécurité fait partie d’un usage responsable des données. Les mesures à prévoir dépendent de leur sensibilité et des risques : contrôle des accès, authentification multifacteur, chiffrement lorsque pertinent, sauvegardes, gestion des fournisseurs et règles de conservation.
Il faut également savoir qui peut consulter ou modifier les données et retirer les accès devenus inutiles. Un environnement de données sécurisé pour l’IA peut aider à encadrer la classification des informations, les permissions et leur utilisation dans les outils internes.
Des données incomplètes, anciennes ou peu représentatives peuvent mener à de mauvaises conclusions. Lorsqu’elles servent à classer des candidatures, à évaluer des demandes ou à personnaliser des offres, il faut aussi examiner si certains groupes risquent d’être désavantagés sans justification.
Par exemple, un modèle entraîné principalement sur les profils de clients actuels pourrait négliger les besoins d’une nouvelle clientèle. Tester les résultats, documenter les limites et prévoir une révision humaine pour les décisions sensibles aide à réduire ce risque.
Une politique ne suffit pas si personne ne sait qui approuve les usages, corrige les erreurs ou répond aux demandes des personnes concernées. Il faut définir des rôles et des mécanismes de suivi.
C’est là qu’intervient la gouvernance des données : elle établit les responsabilités, les règles et les processus qui permettent d’appliquer les principes éthiques au quotidien.
La conformité consiste à respecter les lois et les obligations applicables. Au Québec, les entreprises doivent notamment tenir compte des règles relatives à la protection des renseignements personnels, modifiées par la Loi 25. Le RGPD européen peut aussi être pertinent pour certaines activités, mais il ne constitue pas le cadre de référence de toutes les entreprises québécoises.
L’éthique des données demande d’aller plus loin dans l’analyse des conséquences d’un usage. Une pratique peut soulever des questions légitimes même lorsqu’un consentement a été obtenu : les personnes s’attendent-elles réellement à cet usage? Les données sont-elles assez fiables pour la décision envisagée? Le bénéfice recherché justifie-t-il les risques?
Pour commencer, choisissez un usage concret des données, comme un tableau de bord RH, un outil de segmentation de clientèle ou un agent IA. Posez ensuite cinq questions :
Quel est l’objectif? Définissez la décision ou le service que les données doivent soutenir.
Quelles données sont nécessaires? Écartez celles qui n’apportent rien à cet objectif.
Qui pourrait être touché? Examinez les effets possibles sur les clients, les employés ou d’autres personnes.
Quelles protections sont en place? Vérifiez les accès, la sécurité, la qualité des données et les règles de conservation.
Qui valide et corrige les résultats? Désignez un responsable et prévoyez une façon de traiter les erreurs ou les contestations.
Cette démarche peut ensuite être intégrée aux projets et aux politiques de gouvernance des données de l’entreprise.
L’éthique des données ne freine pas leur utilisation. Elle aide à choisir des usages utiles, à en comprendre les conséquences et à établir des règles que les équipes peuvent appliquer. Pour une entreprise, le point de départ est simple : définir la finalité de chaque projet de données, limiter les informations utilisées et vérifier les effets des décisions qui en découlent.
Les équipes de Mallette peuvent vous accompagner pour structurer la gouvernance de vos données et encadrer leur utilisation dans vos projets numériques.
Vous avez une question ou un projet?
Parlez à un expert MalletteQuelle est la différence entre l’éthique des données et la gouvernance des données?
L’éthique des données porte sur les principes qui guident les choix : un usage est-il justifié, équitable et respectueux des personnes? La gouvernance des données organise leur application en définissant les rôles, les politiques, les accès et les contrôles.
L’éthique des données concerne-t-elle aussi les données qui ne sont pas personnelles?
Oui. Même des données qui n’identifient personne peuvent être inexactes, mal interprétées ou utilisées pour prendre des décisions préjudiciables. Les enjeux de confidentialité varient, mais ceux de qualité, de transparence et de responsabilité demeurent.
Une petite entreprise a-t-elle besoin d’une politique d’éthique des données?
Elle n’a pas nécessairement besoin d’un document complexe. Elle gagne toutefois à établir des règles simples : quelles données elle recueille, qui y accède, à quelles fins elles sont utilisées et qui intervient en cas de problème.
Peut-on utiliser des données clients pour entraîner ou alimenter un outil d’IA?
Il faut d’abord vérifier les fins pour lesquelles les données ont été recueillies, les conditions applicables à l’outil, les risques de divulgation et les obligations de protection des renseignements personnels. L’accès à une donnée ne signifie pas automatiquement qu’elle peut être utilisée dans n’importe quel outil.
Comment savoir si un algorithme produit des résultats biaisés?
Comparez ses résultats sur différents groupes et situations, examinez la qualité des données utilisées et documentez les écarts constatés. Pour les décisions sensibles, prévoyez une révision humaine et une façon de corriger les erreurs.