La coopérative est un modèle d’affaires unique, fondé sur la participation des membres, la démocratie et des valeurs collectives. Mais ce qui fait sa force peut aussi devenir sa complexité : quand l’organisation grandit, les mécanismes de gouvernance doivent évoluer avec elle. Trop souvent, des structures informelles qui fonctionnaient bien au départ deviennent des sources de flou, de tensions ou de risques réglementaires.
C’est là qu’intervient la professionnalisation de la gouvernance.
La gouvernance d’une coopérative, c’est l’ensemble des règles, structures et pratiques qui encadrent la prise de décision, la reddition de comptes et la gestion des relations entre les membres, le conseil d’administration (CA) et la direction.
Professionnaliser ces mécanismes, ce n’est pas bureaucratiser votre coopérative. C’est lui donner les outils pour clarifier les rôles entre le CA, la direction générale et les membres; structurer les politiques internes pour éviter les zones grises; gérer les risques de manière proactive plutôt que réactive; respecter les obligations légales propres aux coopératives au Québec et aligner la planification stratégique avec les valeurs coopératives.
Contrairement aux entreprises traditionnelles, les coopératives répondent à une double logique : économique et démocratique. Depuis la sanction du projet de loi 111 en février 2026, cette particularité est désormais inscrite dans la loi elle‑même : les coopératives sont reconnues comme des organisations détenues collectivement, contrôlées démocratiquement par leurs membres, ne recherchant pas la profitabilité comme fin ultime, et créées par et pour leurs membres. Cette clarification législatrice renforce la nécessité d’une gouvernance qui reflète réellement ces principes.
Les membres sont à la fois propriétaires et usagers. Maintenir leur engagement tout en assurant une prise de décision efficace demande des mécanismes clairs d’assemblée, de consultation et de représentation. Depuis la modernisation de la loi, les coopératives ont également l’obligation d’adopter un règlement favorisant la résolution des différends entre la coopérative et ses membres, ce qui exige des mécanismes formels bien pensés dès le départ.
Dans une coopérative, les administrateurs sont souvent élus parmi les membres et ne sont pas nécessairement formés en gouvernance. Définir clairement leurs responsabilités, encadrer leurs décisions et les outiller est essentiel à la bonne marche de l’organisation. La loi modernisée précise également que les administrateurs ne peuvent céder des actifs de la coopérative à une valeur inférieure à leur valeur marchande, une obligation qui requiert une compréhension claire des responsabilités fiduciaires de chaque administrateur.
Au Québec, les coopératives sont régies par la Loi sur les coopératives (RLRQ, c. C‑67.2), qui a fait l’objet en 2026 de sa modernisation la plus importante depuis plus de vingt ans. Cette loi impose des obligations précises en matière de tenue de registres, de règlements de régie interne et d’assemblées annuelles. Elle ajoute désormais de nouvelles exigences : communication annuelle obligatoire aux titulaires de parts, adoption d’un règlement de résolution des différends avec les membres, et nouvelles règles encadrant les transactions sur les actifs. Les manquements peuvent entraîner des risques juridiques sérieux.
Qui embauche? Qui évalue la direction? Comment sont gérées les politiques de conditions de travail? Ces questions touchant à la gouvernance RH sont un enjeu souvent sous-structuré dans les coopératives en croissance.
Une gouvernance efficace commence par une structure bien définie : organigramme de gouvernance, comités du CA, délégations de pouvoir documentées. Ces éléments donnent à chacun (membres, administrateurs, direction), une vision claire de qui décide quoi.
La politique de gestion des conflits d’intérêts, la politique de rémunération de la direction, les règles d’approvisionnement et la politique RH ne sont pas que des formalités. Ce sont des boucliers contre les litiges et des repères pour toute l’équipe. Avec les nouvelles obligations introduites par le projet de loi 111, notamment le règlement obligatoire de résolution des différends avec les membres, plusieurs coopératives auront à créer ou mettre à jour ces documents dans les prochains mois.
Identifier les risques stratégiques, opérationnels et de conformité, et les intégrer à la prise de décision du CA, est une pratique encore trop rare dans les coopératives. Pourtant, elle peut faire toute la différence lors d’une crise ou d’une transition. Le nouveau cadre légal ajoute d’ailleurs des zones de risque à surveiller, notamment en ce qui concerne les transactions sur les actifs et les nouvelles obligations de communication aux membres.
Un plan stratégique coopératif, ce n’est pas qu’un document de gestion. C’est l’expression des priorités collectives de vos membres. Le lier à vos mécanismes de gouvernance fait en sorte que les décisions du CA restent alignées avec la mission et la vision de la coopérative.
Les responsabilités du CA en matière de ressources humaines (embauche, évaluation et rémunération de la direction générale, politiques de travail) doivent être clairement définies. Une saine gouvernance RH protège l’organisation et renforce la confiance entre la direction et les administrateurs.
Les signes que votre gouvernance mérite une mise à niveau
Vous reconnaissez votre coopérative dans ces situations?
• Les rôles entre le CA et la direction se chevauchent régulièrement
• Vos politiques internes n’ont pas été révisées depuis plusieurs années
• Les nouveaux administrateurs peinent à comprendre leur rôle et leurs responsabilités
• Vos assemblées de membres manquent de structure ou de participation
• Vous avez eu des questionnements sur votre conformité à la Loi sur les coopératives
Si oui, il est probablement temps d’effectuer un diagnostic de gouvernance.
Une coopérative bien gouvernée est une coopérative qui dure. Avec la modernisation de la Loi sur les coopératives en 2026, les exigences de gouvernance se sont précisées et renforcées. C’est à la fois un signal clair de l’importance que le législateur accorde au modèle coopératif et une occasion de mettre à niveau vos pratiques.
La professionnalisation de vos mécanismes de gouvernance n’est pas un luxe réservé aux grandes organisations, c’est un investissement dans la pérennité de votre mission collective.
Vous souhaitez faire le point sur votre gouvernance? Contactez un conseiller Mallette. Nous serons heureux d’échanger avec vous sur vos enjeux spécifiques.
Vous avez une question ou un projet?
Parlez à un expert Mallette