L’organisme sans but lucratif est un modèle organisationnel unique, fondé sur l’engagement communautaire, le bénévolat et des valeurs d’intérêt collectif. Mais ce qui fait sa force peut aussi devenir sa complexité : quand l’organisation grandit, les mécanismes de gouvernance doivent évoluer avec elle. Trop souvent, des structures informelles qui fonctionnaient bien au départ deviennent des sources de flou, de tensions ou de risques réglementaires.
C’est là qu’intervient la professionnalisation de la gouvernance.
La gouvernance d’un OSBL, c’est l’ensemble des règles, structures et pratiques qui encadrent la prise de décision, la reddition de comptes et la gestion des relations entre les membres, le conseil d’administration (CA) et la direction.
Contrairement aux entreprises à but lucratif, les OSBL répondent à une double logique : sociale et organisationnelle. Cette particularité crée des défis de gouvernance propres à ce modèle.
Les membres du CA et les bénévoles sont souvent le moteur de l’organisation, mais ils ne sont pas nécessairement formés en gouvernance. Maintenir leur engagement tout en assurant une prise de décision efficace demande des mécanismes clairs de participation, de consultation et de représentation.
Dans un OSBL, les administrateurs sont souvent recrutés pour leur passion de la mission plutôt que pour leur expertise en gouvernance. Définir clairement leurs responsabilités, encadrer leurs décisions et les outiller est essentiel à la bonne marche de l’organisation.
Au Québec, les OSBL sont régis par la Loi sur les compagnies (Partie III) ou la Loi canadienne sur les organisations à but non lucratif, selon leur constitution. S’y ajoutent les obligations propres aux organismes de bienfaisance enregistrés auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC), la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels et les normes comptables pour les OSBL (NCOSBL). Les manquements peuvent entraîner des risques juridiques sérieux, voire la perte du statut d’organisme de bienfaisance.
Qui embauche? Qui évalue la direction générale? Comment sont gérées les politiques de conditions de travail, notamment dans un contexte où salariés et bénévoles cohabitent? Ces questions de gouvernance RH sont souvent sous‑structurées dans les OSBL en croissance.
Une gouvernance efficace commence par une structure bien définie : organigramme de gouvernance, comités du CA, délégations de pouvoir documentées. Ces éléments donnent à chacun (bénévoles, administrateurs, direction) une vision claire de qui décide quoi.
Politique de gestion des conflits d’intérêts, politique de rémunération de la direction, règles d’approvisionnement, politique RH, politique d’utilisation des fonds. Ces documents ne sont pas que des formalités. Ce sont des boucliers contre les litiges, des repères pour toute l’équipe et des gages de crédibilité auprès de vos bailleurs de fonds.
Identifier les risques stratégiques, opérationnels, financiers et de conformité, et les intégrer à la prise de décision du CA, est une pratique encore trop rare dans les OSBL. Pourtant, elle peut faire toute la différence lors d’une crise, d’une transition de direction ou d’un audit de bailleur de fonds.
Un plan stratégique pour un OSBL, ce n’est pas qu’un document de gestion. C’est l’expression des priorités collectives de votre organisation au service de votre communauté. Le lier à vos mécanismes de gouvernance fait en sorte que les décisions du CA restent alignées avec votre mission et votre vision.
Les responsabilités du CA en matière de ressources humaines (embauche, évaluation et rémunération de la direction générale, politiques de travail, encadrement des bénévoles) doivent être clairement définies. Une saine gouvernance RH protège l’organisation et renforce la confiance entre la direction et les administrateurs.
Vous reconnaissez votre OSBL dans ces situations?
• Les rôles entre le CA et la direction se chevauchent régulièrement
• Vos politiques internes n’ont pas été révisées depuis plusieurs années
• Les nouveaux administrateurs peinent à comprendre leur rôle et leurs responsabilités
• Vos assemblées annuelles manquent de structure ou de participation
• Vous avez des questionnements sur votre conformité à la loi ou aux exigences de l’ARC
• Vos bailleurs de fonds posent des questions sur votre gouvernance
Si oui, il est probablement temps d’effectuer un diagnostic de gouvernance.
Un OSBL bien gouverné est un OSBL qui dure et qui préserve la confiance de ses membres, de ses bénévoles et de ses bailleurs de fonds. La professionnalisation de vos mécanismes de gouvernance n’est pas un luxe réservé aux grandes organisations : c’est un investissement dans la pérennité de votre mission.
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