Le mensuel économique de mai 2026

Publié le 20 mai 2026
Actualités économiques

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Pressions à court terme, transformations à long terme : le manufacturier québécois en transition

Les récentes fermetures d’entreprises manufacturières et les données d’emploi du secteur soulignent une fragilisation du tissu manufacturier québécois, accentuée par les tensions commerciales. Ces pressions conjoncturelles s’ajoutent à des enjeux structurels persistants, notamment en matière de main-d’œuvre et d’investissement. Ainsi, les stratégies de diversification, le développement de la demande intérieure (défense, infrastructures publiques et transition énergétique) et les gains de productivité prennent une importance croissante pour renforcer la compétitivité et la résilience du secteur manufacturier.

En avril, l’inflation québécoise progresse modérément à 3,0 %, toujours alimentée par la forte hausse des prix de l’énergie, mais partiellement amortie par des replis dans plusieurs composantes et par la modération du logement et des aliments. Le marché du travail montre des signes de détente, avec une hausse du chômage au Québec. Dans ce contexte, la Banque du Canada a maintenu le taux directeur à 2,25 %, privilégiant une approche prudente, attentive à l’évolution de l’inflation et de la trajectoire économique à venir.

- Alexandra Lareau, conseillère et économiste chez Mallette

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Pressions à court terme, transformations à long terme : le manufacturier québécois en transition

Chocs commerciaux et défis structurels : le secteur manufacturier sous pression

Depuis l’automne 2025, plusieurs entreprises manufacturières ont fermé leurs portes, mettant en évidence une fragilité croissante du secteur au Québec. PACCAR à Sainte‑Thérèse, Meubles South Shore à Saint‑Louis‑de‑Gonzague, Venmar à Drummondville et Bestar à Lac‑Mégantic ont toutes cessé leurs activités, représentant à elles seules la perte de près de 1 000 emplois et envoyant des signaux préoccupants quant à la santé du tissu manufacturier.

Ces fermetures surviennent dans un contexte où les pressions s’intensifient. Bien que le secteur manufacturier québécois ait fait preuve de résilience en 2025, malgré l’imposition des tarifs commerciaux américains, les premiers mois de 2026 marquent un tournant : plus de 16 000 emplois perdus dans le secteur de la fabrication entre janvier et avril 2026. La récente révision des modalités des tarifs américains, agissant à la fois sur la hausse du taux effectif et sur l’élargissement de la base de produits touchés, est susceptible d’accentuer ces difficultés.

  • Le taux effectif atteint 9 % au Québec, plus du double de la moyenne canadienne de 4,2 %

  • La base de produits touchés frôle le quart des produits manufacturiers québécois, contre
    17,4 % avant la révision

Au-delà des tensions commerciales, des défis structurels persistent. La rareté de la main-d’œuvre qualifiée demeure un frein structurel : au quatrième trimestre 2025, la fabrication représentait 10,9 % des postes vacants au Québec, une proportion en hausse de 1,5 p.p. par rapport à la même période de 2024.

À cela s’ajoute un retard en matière d’investissement et d’automatisation, qui affaiblit la compétitivité des entreprises face à une concurrence internationale accrue. Cette dynamique pourrait s’aggraver avec l’incertitude commerciale actuelle, alors que les intentions d’investissement pour 2026 indiquent une baisse anticipée de 8,7 % des dépenses d’immobilisations dans le secteur manufacturier, après un recul de 11 % en 2025 par rapport à 2024.

Des pistes de soulagement à court terme

À la fin avril, le gouvernement provincial a annoncé une baisse du taux d’imposition des PME, le faisant passer de 3,2 % à 2,2 %. Cette mesure procure un allègement fiscal bienvenu pour les entreprises admissibles, parmi lesquelles le secteur manufacturier occupe une place importante. Cette mesure améliore la marge de manœuvre financière à court terme, mais demeure insuffisante pour répondre à l’ampleur des défis auxquels le secteur est confronté.

La mise en place d’une clause de droits acquis dans le cadre de la relance du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) aurait une portée plus directe et immédiate pour les manufacturiers. En sécurisant le statut de travailleurs qualifiés déjà intégrés aux entreprises, une telle mesure permettrait de limiter les ruptures de main-d’œuvre et d’offrir aux employeurs une période de transition plus prévisible. Cette stabilité est essentielle pour maintenir la capacité de production, soutenir les investissements en cours et amorcer les transformations structurelles nécessaires à l’adaptation du secteur dans un environnement économique plus incertain.

Des transformations structurelles pour accroître la compétitivité à long terme

Au-delà des mesures de soutien à court terme, les défis structurels auxquels est confronté le secteur manufacturier québécois appellent des transformations plus profondes, essentielles à la compétitivité des entreprises. Trois leviers structurants se dégagent de façon particulière :

  1. Diversification géographique

La forte dépendance au marché américain constitue une vulnérabilité structurelle pour de nombreux exportateurs, particulièrement avec les tensions commerciales et l’incertitude tarifaire. Les entreprises qui ont amorcé une diversification vers d’autres marchés sont aujourd’hui mieux positionnées pour absorber les chocs. Cette diversification renforce non seulement leur résilience à court terme, mais élargit également leurs perspectives de croissance et leurs opportunités de marché à long terme.

  1. Demande intérieure

Outre la diversification des exportations, le marché intérieur, à la fois québécois et canadien, représente un levier stratégique considérable pour les entreprises. Plusieurs secteurs porteurs, notamment la défense, les infrastructures publiques et la transition énergétique, génèrent des débouchés croissants pour les manufacturiers. Ces segments occupent une place de plus en plus centrale dans les stratégies économiques des gouvernements et peuvent offrir une source de demande plus stable, contribuant ainsi à atténuer la volatilité externe.

  1. Productivité

Enfin, l’amélioration de la productivité demeure la transformation la plus structurante à long terme. Dans un contexte de rareté persistante de la main-d’œuvre et de concurrence internationale accrue, l’automatisation, la robotisation et l’intégration de l’intelligence artificielle deviennent des leviers incontournables. Les manufacturiers qui investiront dans la modernisation de leurs procédés et de leurs modèles d’affaires seront mieux outillés pour accroître leur efficacité, renforcer leur compétitivité et améliorer leur résilience face aux pressions concurrentielles et aux tensions commerciales.

Malgré des chocs commerciaux et des fragilités structurelles marquées, le secteur manufacturier québécois dispose de leviers concrets pour se repositionner. En combinant mesures de soutien ciblées et transformations de fond, les entreprises peuvent renforcer leur résilience, améliorer leur compétitivité et saisir de nouvelles occasions de croissance dans un environnement économique en mutation.